La question qu'on me pose le plus souvent quand je parle bricolage, c'est celle-là : « et le carrelage de salle de bain, je peux vraiment le faire moi-même ? » Ma réponse est toujours la même : oui, à condition d'accepter une chose. Le geste de pose n'est pas le plus dur. Le plus dur, c'est tout ce qui se passe avant la première faïence collée.
J'ai refait la salle de bain de mon appartement il y a deux ans. J'avais prévu un week-end pour la pose et trois jours pour les joints. J'ai mis cinq jours. Pas parce que je posais mal — parce que j'avais mal préparé mon mur et que j'ai dû tout reprendre au tiers de la surface. Voilà ce que personne ne vous raconte dans les tutos de trente secondes.
Points clés à retenir
- Un mur mal préparé fait tomber un carrelage en quelques mois, même posé avec une colle haut de gamme.
- La zone de douche exige une étanchéité sous carrelage : ce n'est pas une option, c'est le point de non-retour du chantier.
- Le calepinage (le plan de pose) se décide sur papier avant d'ouvrir le premier sac de colle.
- Une colle C2 coûte 20 à 30 % plus cher qu'une C1 et vaut largement l'écart en pièce humide.
- On compte facilement une journée de pose pour 4 à 6 m² quand on débute, joints compris.
Préparer le support : la vraie étape qui décide de tout
Oubliez la faïence une seconde. Ce qui tient un carrelage mural, ce n'est pas la colle : c'est le mur derrière.
Sur quoi peut-on vraiment coller ?
Trois cas de figure reviennent sans arrêt, et ils ne se traitent pas pareil.
- Placo (BA13) : c'est le support le plus courant en rénovation. On colle dessus sans problème, à une condition : la plaque doit être sèche, plane, et solidement vissée sur ses montants. Dans une douche, on passe par une plaque hydrofuge et un étanchement par-dessus.
- Ancien mur enduit ou béton : il faut vérifier qu'aucune partie ne sonne creux. Un enduit qui se décolle sous la faïence, ça donne des carreaux qui tombent un par un, six mois après.
- Vieux carrelage : oui, on peut carreler sur du carrelage, mais uniquement s'il adhère parfaitement, qu'il n'est pas gras et que vous avez dégraissé + poncé la surface. Sinon, le primaire d'accroche ne fera pas de miracle.
La règle que j'applique maintenant sans exception : je passe la main sur toute la surface à poser. Si je sens un creux de plus d'un millimètre, je ragrée. Point.
Ragréage, primaire, étanchéité : dans quel ordre ?
L'ordre compte plus qu'on ne le croit :
- Ragréage si le mur n'est pas plan (on vise une planéité à 1-2 mm près sur deux mètres).
- Séchage complet du ragréage, souvent 24 h selon l'épaisseur.
- Primaire d'accroche, en couche régulière, sur toute la surface à carreler.
- Étanchéité sous carrelage (SPEC, SEL ou produit liquide adapté) uniquement dans les zones de douche et autour de la baignoire, jusqu'à 30 cm au-dessus de la hauteur d'usage et sur 80 cm depuis le point d'eau.
Ce dernier point, c'est là que j'ai fait mon erreur. Je pensais que la colle C2 « suffisait » à protéger du passage de l'eau. Faux. La colle C2 résiste à l'humidité, elle ne fait pas barrage à l'eau qui traverse le joint et stagne derrière le carreau. Si vous sautez l'étanchéité en zone douche, vous préparez un chantier pour dans trois ans.
Comptez une grosse demi-journée pour la préparation d'un mur de 6 m², plus le séchage.
Choisir faïence, colle et matériel sans se ruiner
Le rayon carrelage d'une grande surface de bricolage, c'est un piège à impulsions. Vous entrez pour une faïence blanche, vous ressortez avec du zellige vert et un budget x3. Je parle en connaissance de cause.
Quel format pour une salle de bain ?
Le 30 x 60 cm est devenu le standard pour une bonne raison : moins de joints, une pose rapide, un rendu net. Le métro (7,5 x 15) reste imbattable pour un look rétro, mais c'est de la pose longue — comptez deux fois plus de temps qu'avec du grand format. Le zellige, c'est magnifique et c'est un cauchemar : chaque carreau est légèrement différent, les épaisseurs varient, il faut accepter les irrégularités de joint.
Mon conseil franc : pour une première pose, restez sur du 30 x 60 en grès cérame émaillé. C'est tolérant, ça se coupe proprement et ça vieillit bien.
Quelle colle pour une pièce humide ?
Le marquage C1 / C2 / C2TE sur le sac n'est pas décoratif. En pièce humide, on prend du C2 minimum. Pour un grand format au mur, du C2TE (avec glissement réduit et temps ouvert allongé) vous facilitera la vie.
| Type de colle | Usage | Prix indicatif au sac de 25 kg | Mon avis |
|---|---|---|---|
| C1 mortier-colle standard | Pièces sèches, petit format | 10 à 15 € | Insuffisant en salle de bain |
| C2 mortier-colle amélioré | Pièces humides, mur intérieur | 18 à 25 € | Le minimum viable |
| C2TE mortier-colle amélioré + glissement réduit | Grand format, pose verticale | 25 à 35 € | Ce que j'utilise systématiquement |
| Mastic-colle (cartouche) | Petites surfaces, réparations | 6 à 10 € la cartouche | Pas pour une pose complète |
Le matériel indispensable
- Un peigne à colle (8 mm pour du 30 x 60, 10 mm pour du grand format).
- Une spatule crantée, un seau, un malaxeur à faible vitesse si vous préparez la colle vous-même.
- Des croisillons (2 ou 3 mm selon la largeur de joint visée) et des cales de nivellement si vous partez sur du grand format.
- Une carrelette manuelle — louable pour une journée si vous ne posez qu'une fois dans votre vie.
- Une éponge propre, une taloche en caoutchouc pour les joints, un seau d'eau claire (et un deuxième, tiède, pour rincer).
- Une règle de 2 m, un niveau à bulle et un crayon de menuisier (pas un feutre, ça bave).
Calepinage et sens de pose : le plan avant la colle
Le calepinage, c'est l'art de placer vos carreaux pour que les coupes moches tombent là où personne ne les verra. Ça se fait au crayon, sur le mur, avec un niveau.
Pose verticale ou horizontale : quel choix ?
Sur du 30 x 60, la pose horizontale (carreau couché) est la plus classique et agrandit visuellement la pièce. La pose verticale (carreau debout) donne un effet de hauteur, très joli sur les murs de douche étroits, mais elle exige un calepinage plus précis parce que les coupes en hauteur sont plus visibles.
Personnellement, je trouve que la pose verticale sur un mur de douche est le meilleur choix esthétique qu'on puisse faire dans une petite pièce — je défendrai ça bec et ongles. Mais elle demande un mur parfaitement plan, sinon les carreaux « penchent » visuellement les uns par rapport aux autres.
Comment poser du carrelage mural en quinconce ?
Le quinconce (ou pose décalée), c'est un décalage d'un demi-carreau à chaque rangée, comme une brique. Le rendu est plus vivant qu'une pose droite, à condition de respecter deux règles. D'abord, décalez exactement de la moitié de la largeur du carreau — les décalages approximatifs se voient immédiatement. Ensuite, prévoyez des cales de nivellement : en quinconce, les arêtes d'un carreau reposent sur le milieu du carreau du dessous, et un léger défaut de planéité fait « ressortir » l'angle. C'est encore plus vrai avec des carreaux longs (30 x 60) qu'avec du métro.
Poser la faïence, pas à pas
Une fois le mur préparé et le calepinage tracé, tout s'enchaîne. Le geste, une fois qu'on l'a chopé, devient presque mécanique.
Encollage et pose
- Tracez une ligne de départ horizontale au niveau laser ou au niveau à bulle.
- Étalez la colle au peigne sur une surface de travail correspondant à 1 m² maximum — au-delà, la colle croûte et perd son adhérence. Sur un support très absorbant, passez aussi une couche fine de colle au dos du carreau (double encollage).
- Posez le carreau en appuyant fermement, avec un léger mouvement de rotation pour chasser l'air.
- Insérez les croisillons entre les carreaux. Contrôlez le niveau tous les deux carreaux.
- Nettoyez immédiatement les débordements de colle avec une éponge humide — une fois sec, c'est une plaie.
Quand faire les joints ?
Le lendemain, minimum. 24 heures de séchage avant de jointoyer, 48 h si la pièce est froide ou humide. Puis joints hydrofuges (ciment prompt ou joint époxy en zone douche) appliqués à la taloche caoutchouc, en diagonale, et lissés au doigt ou à la truelle langue-de-chat.
Une anecdote : j'ai voulu gagner du temps une fois et j'ai jointoyé à 12 h de séchage. Résultat, deux carreaux ont bougé sous le poids de la taloche. Je ne l'ai plus jamais refait.
Les erreurs qui coûtent cher
Voici celles que j'ai vues, faites ou failli faire.
- Coller sur un mur poussiéreux sans primaire — la colle n'accroche pas, même avec la meilleure marque du rayon.
- Choisir une faïence trop fine pour une zone de douche : ça se fissure au moindre choc.
- Oublier l'étanchéité sous carrelage. C'est l'erreur qui coûte le plus cher, et c'est celle qu'on ne voit pas tout de suite.
- Poser un 60 x 120 sans cales de nivellement : sur du grand format, le moindre défaut d'épaisseur se voit à 3 mètres.
- Nettoyer les joints trop tôt, ou avec trop d'eau — on « lave » le joint et il devient friable.
Le budget, franchement, n'est pas le problème : sur 6 m² de mur, la faïence 30 x 60 de marque distributeur tient dans une fourchette de 15 à 30 € le m², la colle C2TE dans les 25 € le sac (il en faut un pour 4 à 5 m²), l'étanchéité liquide 40 à 60 €, le joint hydrofuge une quinzaine. On est autour de 250 à 350 € de matériaux pour une paroi de douche complète. Un carreleur facturera trois à quatre fois plus.
Alors oui, ça vaut le coup de le faire soi-même — à une condition. Celle de prendre le temps de la préparation. Le reste, c'est de la patience et une éponge propre.
Et si vous hésitez encore sur votre calepinage, une chose simple : achetez une boîte de carreaux en plus, posez-les à blanc sur le sol devant votre mur, et regardez. Vous verrez l'erreur avant de la coller. C'est bête comme chou, et ça m'a sauvé deux chantiers.